
En pleine tournée européenne, le collectif Stars Like Fleas était récemment en concert au Centre Pompidou.
Sur le papier, Stars like Fleas c’est “un collectif new-yorkais avant-jazz branché improvisations, structure électronique et couches de voix samplées”. Une structure mouvante, accueillant parfois des membres actifs ou rescapés de formations telles que Beirut, Mercury Rev, Tv On The Radio ou At The Drive In. Ce soir, dans les sous-sols d’une grande institution française de la culture moderne et contemporaine, un endroit où les concerts se jouent devant un public assis, je rentre dans une salle silencieuse quelques minutes avant le début de la prestation. Entre la peur d’une somnolence fortuite et celle de l’ambiance “lunettes à grosses montures noires”, l’impossibilité de trouver des psychotropes et un degré zéro de connaissances sur ce groupe, je me retrouve là juste attiré par une curiosité spontanée après lecture d’une newsletter. Le tri de spams peut parfois être heureux.
Une harpiste, une violoniste, un guitariste, un batteur et un pianiste débutent sur une même harmonie, s’accordant autant entre eux qu’avec un public rapidement attrapé par l’ambiance. Débarque quelques instants après le chanteur, lunettes de soleil, kro à la main et enrobé de couches de tissus pour un style entre clochard habillé pour la gay pride et touareg psychédélique. Après vingt minutes oscillant entre calme inquiétant d’un Velvet Underground, ambiances Floydiennes et montées post-rock, la violoniste s’escrimant minutieusement à massacrer tous ses archets, les premiers applaudissements fusent dans la salle. “C’était la première chanson” rigole le guitariste, planqué derrière ses deux claviers et son armée de pédales d’effets. “Vous n’êtes pas obligé d’afficher ce silence respectueux pendant tout le show, nous venons de New York vous savez”. La froideur de la salle fait en effet regretter de ne pas les voir dans un espace plus propice à l’échange tel que le Point Éphémère ou la Maroquinerie.
Les chansons suivantes sont d’inspiration plus pop mais toujours traversées d’éclats improvisés, le pianiste et la violoniste s’engageant un moment dans un dialogue s’harmonisant in-extremis pour un résultat proprement hypnotique. Stars Like Fleas abuse parfois un peu trop de chœurs rappelant Arcade Fire. Le manque de justesse pour certaine voix et la présence systématique d’un hygiaphone sonne alors comme une grosse ficelle sur laquelle toute cette scène de collectifs, entre NYC et Montréal, a un peu trop tiré. Un peu saoulant également quand le groupe commence à sonner comme du Coldplay, des similitudes passagères apparaissant entre la voix du chanteur et celle de Chris Martin. Au final, Star Like Fleas s’apprécie plus dans des formats peu balisés, entre cérémonie bruitiste et retournements mélodiques complètement inattendus.
En rappel, le chanteur introduit la dernière chanson comme étant tirée de la bande-originale d’un film composée récemment par leurs soins. Le gourou arty conseille alors de fermer les yeux. “En fait ce qu’il veut vous dire c’est: pas de problème pour venir dormir sur scène” coupe le guitariste. Une partie du public ne se fait pas prier et le groupe finit son show au milieu de corps allongés, un titre atmosphérique nous aspirant une dernière fois dans un univers proche de la rêverie éveillée.
—Alex B—
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Oui.
C’était à peu près ça.
Seule en plus l’aura d’amour et d’estime mutuels émanant d’entre eux. L’écoute perpétuelle d’où ne transpire aucun travail… jusqu’à leurs rapprochements physiques même, attirant l’attention : le guitariste se réfugiant derrière le batteur pour lui masser le dos, s’essuyer le visage, croquer une pomme… le pianiste qui envoie en chandelle une mandarine au batteur – peut-être le plus hypoglycémique des gros nounours, et les petits pas du même Totoro jusque derrière les tout petits claviers du guitariste, se retrouvant – il ne sait plus exactement pourquoi – coincé quelques minutes avec nous, devant.
On était dans leur maison, il n’y en a pas d’autre. Entre les montées des morceaux, chaque mouvement de corps et chaque bruissement de la maison résonnaient dans une grande délicatesse, et ainsi participaient des finitions de sensations concentrées dans cette maison.
Oui, la maison pourrait se visiter moins solennelle, avec un bar dans le fond et un canal à côté, où papoter pendant qu’ils œuvrent. Comme un concert de musique classique, comme tout spectacle, voguant d’une représentation à l’autre, l’une pointue, concentrée, intellectualisée, l’autre mêlée à nos vies, qui ne se mettront pas en veilleuse, pas ce soir.
Mais hier pour moi, c’était divin de les entendre me bercer chez eux et non chez moi.